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Mieux informés qu'il y a quinze ans, les Européens affichent une confiance et un optimisme plus marqués à l'égard des progrès de la biomédecine et des biotechnologies industrielles. Mais ils restent majoritairement opposés au "génétiquement modifié ou cloné" dans l'agriculture – et a fortiori dans l'alimentation. Diagnostic de ces tendances avec George Gaskell, de la London School of Economics , coordinateur scientifique de l'analyse du sixième sondage Eurobaromètre-Biotechnologies.
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| Alors que la révolution des ordinateurs et l'avenir des énergies renouvelables (soleil et vent) suscitent une forte adhésion, les biotechnologies et l'ingénierie génétique rencontrent une courte majorité d'optimistes. Au sujet des biotechnologies, les citoyens sont divisés entre le scepticisme (13%), le pessimisme (12%) et l'incapacité de se prononcer (22%). En comparaison, une forte proportion de sondés restent sceptiques (35%) devant les bienfaits de l'exploration spatiale. Les nanotechnologies soulèvent le plus d'incertitude (42%) et l'énergie nucléaire rassemble le plus d'opposants (37%) |
Qui n'a entendu parler des recherches sur les cellules-souches, des progrès des diagnodstics prénataux, des problèmes de co-existence entre OGM et agriculture classique, de la banalisation du fichage ADN… Tout ce qui touche aux rapides avancées des biosciences fait désormais partie d'un intense flux d'informations et de débats médiatiques atteignant un public de plus en plus large.
La méfiance des nineties
"Les Européens se montrent intéressés et attentifs à ces questions, qu'ils côtoient de plus en plus dans leur vie quotidienne, notamment en se soignant", commente George Gaskell, de la London School of Economics, coordinateur scientifique de l'exploitation des EurobaromètresBiotechnologies. Par rapport à la cote d'optimisme élevée que suscitent les avancées dans des domaines tels que l'informatique ou les technologies solaires, celles liées aux bio-innovations ont connu un relatif taux de méfiance de l'opinion publique durant les années '90. L'annonce du développement de cultures, donc de nourritures, génétiquement modifiées, ainsi que la naissance de Dolly ont certainement troublé les esprits, déjà ébranlés par la crise de la vache folle.
"Les biosciences regagnent aujourd'hui une perception majoritairement optimiste, en particulier pour ce que nous nommons les biotechnologies rouges – liées à la médecine et la santé – mais également les blanches – à vocation industrielle, tels les bio-fuels, les bio-plastiques et la bio-pharmacie. L'exception se trouve dans les réactions de méfiance, sinon de rejet, à l'égard des biotechnologies vertes et qui concerne les manipulations génétiques de l'agriculture – donc, en aval, de l'alimentation – et/ou de l'environnement naturel." (1)
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| Ce graphique montre bien le "creux de la vague" qui a divisé par deux la perception optimiste des biotechnologies et du génie génétique dans les quatre Eurobaromètres organisés durant la décennie '90. L'inversion de cette tendance est confirmée en 2005. Elle concerne aussi les autres domaines. |
Intérieur versus extérieur
Cette résistance est singulière et mérite sans doute réflexion. Pourquoi l'opinion publique accepte-t-elle davantage la nouveauté de l'ingénierie génétique lorsqu'il s'agit de soigner de l'intérieur le corps humain que lorsque l'on prétend l'utiliser pour changer ce que l'organisme prélève hors de lui pour se nourrir ?
"Je plaide pour une interprétation réaliste d'une telle attitude. La majorité des gens admet de plus en plus que l'on prenne – et cela sous la garantie d'une expertise scientifique et d'un contrôle éthique – des risques calculés inhérents aux bio-innovations, dans la mesure où ils en perçoivent un potentiel utile et prometteur. Ils veulent cependant qu'on leur prouve les avantages tangibles des bio-prouesses et des bio-promesses que les scientifiques et les industriels s'ingénient à promouvoir. Ce sont des optimistes de bon sens, pragmatiques et prudents. Dans le cas des OGM et de leur impact sur l'alimentation et la nature, ils ont des doutes sur l'intérêt même des innovations dont on chante les mérites. Mis à part l'argument de la lutte contre la faim, pourquoi faudrait-il à ce point changer la façon dont la nature fournit, de tout temps, de quoi nous alimenter?"
Au-delà des OGM, une autre question "chaude" explorée par le sondage est la perception par l'opinion des recherches sur les cellules souches. Quelle problématique éthique soulèvent-elles, notamment à la lumière de l'adhésion ou non des interviewés à une religion? Même chez les pratiquants, l'attente réaliste des retombées positives de ces recherches sur le plan médical l'emporte assez largement, à condition que toutes leurs conséquences sociétales et morales soient sous contrôle. "La question soulevée est de savoir si les promesses attribuées aux avancées sur les cellules souches, largement répandues dans les médias, versent dans le réalisme ou l'hyperbole. Dans ce dernier cas, la perception optimiste risque de s'évaporer."
Jeunes : quel changement générationnel ?
L'Eurobaromètre permet aussi d'analyser les attitudes vis-à-vis des recherches sur le vivant en fonction des tranches d'âges. "On fait souvent état d'un désintérêt inquiétant, voire d'une opposition des jeunes à l'égard de la science. Ce n'est pas ce qui ressort du sondage. Ils ont une opinion positive le plus souvent équivalente ou quelque peu supérieure à celle de la classe adulte (de 25 à 45 ans), et cela sur pratiquement tous les sujets."
Ainsi, en dépit de la médiatisation des mouvements anti-OGM, les moins de 25 ans constituent le groupe qui se déclare majoritairement prêt à en consommer lorsqu'ils seront sur le marché. Faut-il y voir le changement générationnel d'une classe de jeunes formée depuis l'enfance au fast food, et qui ne s'encombre plus des atavismes alimentaires de leurs aînés? A la question de savoir s'ils accordent une attention aux effets à long terme de leur alimentation sur leur santé, trois jeunes sur cinq déclarent ne pas (ou peu) s'en préoccuper. Cette indifférence semble constituer l'expression d'une attitude "adolescente" assez classique plutôt que d'un véritable changement de mentalité. "N'empêche que ce constat n'a rien de réjouissant, si l'on considère les problèmes posés par l'émergence préoccupante de l'obésité juvénile…"
(1) Toutes les citations sont de George Gaskell.
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